philosophy and social criticism

Rôle thérapeutique de l’engagement

"Frantz Fanon"

di Frantz Fanon

Da “Trait d’Union”, n .141, vendredi 27mars 1953

«Journal intérieur de l’Hôpital psychiatrique de St Alban

Abonnements 1 an 480 frs le n. 10 fr. (ce journal ne doit pas sortir de Hôpital)»

Il y a une chose qui est très importante dans le domarne de la psychiatrie ; je veux dire le souci constant de ramener chaque parole et chaque geste, chaque expression du visage d’un malade à la maladie dont il est atteint.

Chaque geste, chaque parole, chaque expression du visage doit être ramené à laffection dont est atteint le malade, au stade actuel de la maladie, à l’apparitìon ou non de la chronicité, mais si cette chose est importante, en psychiatrie, se pose une deuxième question : qui doit enregistrer ces modifications, ces fluctuations, ces changements, ces mutations? 

A priori, il faut dire que le malade peut rarement réaliser cette auto-observation, attendu qu’il subit sa maladie autant qu’il la vit. Pourtant, il aimerait, si cela lui était matériellement et organiquement possible. Il aimerait certes dire à son médecin ou à son infirmier : «Je vais m’agiter, mes hallucinations vont recommencer, mes insomnies vont réapparaitre ;je sens que je deviendrai anxieux».

De même que celui qui a un ulcere à l’estomac au printemps va voir son médecin pour recommencer son regime, de même le catatonique sentant se venir son inertie, son désintérèt, son mutisme, s’il le pouvait, s’il ne faisait pas abominablement corps avec cette rigidité du corps que nous appelons catatonie, avec ce corps substantialisé, avec ce corps qui s’acharne à n être que corps, s’il le pouvait, certes, il nous dirait:  Faites que je ne devienne plus catatonique». Mais alors, si ni le médecin ni l’infirmer ne remplace le malade dans ce rôle de gardien vigilant, il arrive qu’un geste de colere de ce malade en veille de catatonie soit étiqueté par l’infirmier; réaction mediante, malade vive, malade désagréable.

Les réponses sont toujours vagues. J’ai limpression que l’infirmière ne regarde jamais la malade à soigner et à guérir; il n’y a pas de tension psychothérapeutique, si je puis dire.

Ce n’est pas un reproche que j’adresse aux infirmières, mais plutôt, puisque en fait je suis chargé de la formation professionnelle du premier degré, une technique de bien faire son métier. Si vous voulez faire parfaitement votre métier d’infirmier, il faut essayer dans votre quartier de remarquer deux choses: le signe qu’une malade s’améliore; le signe qui une deuxième va rechuter ou évolue vers la chronicité; mais surtout un consei: n’admettez jamais qu’une malade est chronique definitivement, considérer   la   malade   comme   chronique,   c’est   ne   plus   faire   attention   à l’activité psychothérapeutique, je pense même, mais la chose dépasse mes prérogatives; je pense dis-je, qu’il ne faudrait pas dans un hôpital laisser trop longtemps les infirmiers et infirmières dans les services dits de chroniques, car ils perdent cette vigilance qui est la marque fondamentale de l’infirmier moderne.

tysm literary review

vol. 14, no. 20

november 2014

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